Septembre : le mois où ton cerveau ouvre 47 onglets

7 sept.
5 min de lecture
(Ou pourquoi septembre ressemble parfois à un lundi matin qui dure trente jours)

Ça y est.
Les vacances sont rangées dans le dossier « souvenirs beaucoup trop courts », les boîtes mail ont repris leur activité volcanique et quelqu’un, quelque part, a déjà prononcé la phrase :
« Cette année, je m’organise mieux. »
Ah, septembre; ce mois merveilleux où l’on est censé revenir reposé, motivé, bronzé, organisé, déterminé et probablement capable de préparer cinq déjeuners équilibrés le dimanche soir dans des bocaux en verre.
Alors que parfois, ton seul projet sérieux consiste à savoir combien de jours il reste avant les prochaines vacances.
Bienvenue à la rentrée.
Le grand mensonge du « nouveau départ »
Septembre, c’est un peu le 1er janvier avec un cartable.
Nouveau planning.Nouvelles habitudes.Nouvelles résolutions.Nouvelle toi.
Enfin, en théorie.
Parce qu’en pratique, le 3 septembre, tu as déjà déplacé trois fois ta séance de sport et ton nouveau carnet d’organisation contient essentiellement une liste intitulée :
« Acheter des trucs pour mieux m’organiser. »
Cette fois, c’est décidé :
Je vais mieux dormir. Je vais arrêter de procrastiner. Je vais faire du sport. Je vais prendre du temps pour moi. Je vais être plus efficace. Je vais arrêter de regarder mon téléphone toutes les quatre minutes.
Et tant qu’on y est, apprendre l’italien, boire deux litres d’eau et devenir une personne qui « prépare sa semaine ».
La rentrée porte avec elle une idée assez étrange :
Tu reviens de vacances, donc maintenant tu dois devenir meilleure.
Plus organisée.
Plus productive.
Plus sereine.
Plus disponible.
Mais pas trop fatiguée, évidemment.
Il ne faudrait pas exagérer.
Ton cerveau est rentré. Ton corps, lui, hésite encore.
Mentalement, tu as compris : les vacances sont terminées.
Ton corps n’a signé aucun document.
Et parfois, il manifeste son désaccord.
Tu dors huit heures et tu te réveilles comme si tu avais travaillé de nuit dans une mine.
Tu regardes ton agenda et tu ressens immédiatement le besoin de t’allonger.
Tu ouvres ta boîte mail.
183 messages.
Tu la refermes.
Voilà.
Gestion du stress.
Certaines petites choses commencent alors à apparaître :
Tu as du mal à t’endormir.
Ton cerveau choisit précisément 23 h 47 pour te rappeler une conversation gênante datant de 2014.
Tu anticipes déjà le lundi alors qu’on est samedi.
Tu deviens irritable pour des choses objectivement mineures.
Comme une tasse abandonnée dans l’évier.
Qui devient soudain le symbole de tout ce qui ne va pas dans ta vie.
Tu as du mal à te concentrer.
Tu repousses des choses simples.
Tu as cette boule dans le ventre dont tu ne sais pas exactement quoi faire.
Ou cette phrase qui revient :
« Je n’ai envie de rien. »
Et là, conclusion immédiate :
« Je manque de motivation. »
Pas forcément.
Parfois, tu es juste fatiguée.
Concept révolutionnaire.
Quand quelque chose déborde, on achète un agenda.
Face au stress, notre premier réflexe est souvent admirablement rationnel.
Nous cherchons une méthode.
Un tableau.
Une application.
Un planning.
Des codes couleur.
Le jaune pour le travail.
Le bleu pour les rendez-vous.
Le vert pour le sport.
Le rouge pour les urgences.
Et en quelques minutes, ton épuisement est devenu très esthétique.
C’est beau.
Tout est parfaitement organisé.
Même ton effondrement.
Le problème, c’est qu’on essaie souvent de résoudre émotionnellement un problème avec Excel.
Alors oui, parfois, mieux s’organiser aide.
Mais parfois, le problème n’est pas que tu ne sais pas gérer ton emploi du temps. Le problème, c’est que tu n’as plus envie de vivre l’emploi du temps que tu gères.
Et ça, forcément, demande un peu plus qu’un Stabilo.
La rentrée ne crée pas toujours le problème. Elle rallume parfois simplement la lumière.
Les vacances, c’est pratique. Elles mettent beaucoup de choses sur pause.
Pendant quelques semaines :
Tu ne vois plus certains collègues.
Tu ne subis plus certains rythmes.
Tu ne cours plus entre huit obligations.
Tu ne vérifies plus ton téléphone toutes les trois minutes.
Tu oublies temporairement la réunion du mardi matin qui aurait très bien pu être un mail.
Et puis septembre arrive et appuie sur Lecture.
Tout revient.
Le travail.
Les horaires.
Les responsabilités.
Les tensions.
Les habitudes.
Les gens qui commencent leurs mails par :
« Petit rappel… »
Alors parfois, tu crois que la rentrée te stresse.
Mais peut-être qu’elle ne fait que remettre sous ton nez quelque chose qui était déjà là.
Une fatigue ancienne.
Une pression professionnelle.
Une relation qui te pèse.
Un sentiment de ne plus être vraiment à ta place.
Une vie qui fonctionne correctement sur le papier mais qui, bizarrement, ne te convient plus tellement.
Et soudain arrive cette petite pensée très sympathique :
« Donc… on repart vraiment pour une année comme ça ? »
Charmant.
Il faut que…
Quand quelque chose ne va pas, nous avons une passion étonnante pour l’expression :
« Il faut que… »
Il faut que je me motive.
Il faut que je fasse du sport.
Il faut que je dorme mieux.
Il faut que je sois moins stressée.
Il faut que j’arrête de penser.
Oui.
Très bonne idée.
Arrête de penser.
Pourquoi personne n’y avait pensé avant ?
Le problème avec le « il faut que », c’est qu’il transforme rapidement une difficulté en défaut personnel.
Tu es fatiguée ? Tu devrais mieux gérer.
Tu es anxieuse ? Tu devrais relativiser.
Tu n’as plus envie ? Tu devrais te remotiver.
Tu te sens débordée ? Tu devrais apprendre à lâcher prise.
Très pratique.
À ce rythme-là, quelqu’un qui se noie devrait probablement essayer d’être un peu plus aquatique.
Et si on arrêtait deux minutes de vouloir réparer ?
Quand une émotion apparaît, nous cherchons souvent immédiatement le bouton SUPPRIMER.
Stress => Supprimer.
Tristesse => Supprimer.
Colère => Supprimer.
Peur => Supprimer.
Malheureusement, le cerveau n’est pas équipé d’une corbeille.
Sinon, soyons honnêtes, nous aurions tous supprimé quelques souvenirs depuis longtemps.
Alors avant de demander :
« Comment faire pour que ça s’arrête ? »
On peut éventuellement se demander :
« Pourquoi est-ce que c’est là ? »
Pas pour analyser son enfance pendant six heures parce qu’on a râlé dans les bouchons.
Mais simplement pour écouter un peu ce qui se passe.
Est-ce que je suis fatiguée ?
Est-ce que je me mets une pression énorme ?
Est-ce que je suis en train d’essayer de tout gérer pour tout le monde ?
Est-ce que quelque chose dans ma vie actuelle ne me convient plus ?
Est-ce que mon corps dit stop depuis six mois pendant que ma tête répond :
« Après cette semaine, ça ira mieux. »
Spoiler :
La semaine suivante arrive toujours.
Le problème du mode automatique
On peut vivre très longtemps en mode automatique.
Réveil.
Douche.
Travail.
Courses.
Messages.
Repas.
Dodo.
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